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Icta
Icta a enfin retrouvé son cycle de tranquillité, celui qui lui permet d'observer la beauté, de la goûter, de la sentir.
Son regard erre sur la plage de sable granuleux caressée par l'afflux et le reflux des vagues. Ça et là, des rochers s'élèvent, gardiens immobiles des temps passés. Une odeur d'embruns flotte, prenante. Icta se concentre sur le rythme de l'eau, la constance de ses flux et reflux.
Puis il ajuste sa vision, la ralentit jusqu'à ce qu'il ait l'impression d'avoir réussi à figer le mouvement des vagues. Ce n'est qu'un effet d'optique, bien sûr, sa perception qui est différente. Les vagues glissent toujours, mais elles sont devenues pour lui brume, mystère, flottement. L'atmosphère idéale pour son humeur paisible et quelque peu mélancolique.
Pas d'oiseaux dans ce ciel ombrageux, et si peu de soleil. Et pourtant, des gouttelettes s'évaporent tout de même, perpétuant ainsi le cycle de l'eau. Car chaque être, chaque plante, chaque élément a ses cycles. Celui de l'eau est fort simple : évaporation, condensation, pluie. Pas de mystère, l'eau se contente d'obéir. Tandis que pour d'autres éléments ou êtres, les cycles sont plus complexes. Difficiles à comprendre, douloureux parfois.
Icta perçoit un mouvement à sa droite. Il ajuste sa perception et distingue une silhouette accroupie dans les herbes folles, une femme, une prédatrice. Elle le guette sans bouger, semblant attendre le moment propice pour l'attaquer.
Il pourrait se soustraire à cette surveillance. Se dissoudre, s'éparpiller, voyager avec les vents. Mais l'appel des êtres, le plaisir de la communication, sont toujours les plus forts.
Il se lève et se tourne vers les herbes folles, derrières lesquelles la prédatrice se cache, à l'abri des rayons du soleil. Même si ce monde agonise, ses espèces végétales continuent de proliférer. Elles le feront probablement encore quelques cycles, bien après que tous les êtres vivants auront abandonné le combat.
Mais il n'est pas encore temps. Il reste un peu de vie sur cette planète et pour le moment, il est intrigué par cette femme. Elle semble avoir été infectée par un mal étrange. Yeux rouges et exorbités, peau trop pâle.
En attendant que la sauvagesse se décide, Icta affine son physique de mâle d'après ses souvenirs de l'espèce vivant sur cette planète. De mémoire, ce sont des créatures bipèdes, arborant une peau beige et des dents proéminentes. Son apparence n'est sûrement pas parfaite, mais il s'ajustera. De toute manière, peu importe. À ce stade-ci de sa maladie, la femme ne voit en lui qu'un ennemi, une victime à abattre.
Le jour s'éteint doucement. Dès que le dernier rayon du soleil ont disparu derrière la mer, la femme se jette sur Icta. Il l'observe, pauvre créature aux yeux fous, à la bouche remplie d'écume et à la peau blanchâtre. Elle s'avance vers lui, griffes tendues, crocs prêts à dévorer sa chair qu'elle doit imaginer tendre.
Comme c'est triste. En être réduit à une telle dégénérescence.
Dès qu'Icta effleure la créature, celle-ci s'écroule au sol, le corps parcouru de spasmes. Ses molécules se mettent à bouillir, à s'évaporer. Elle disparaît peu à peu dans un nuage de brume.
Icta se rassoit et se concentre sur les vagues, qui poursuivent sans relâche leur mouvement répétitif. On dirait que la planète inspire, puis expire de l'eau pour se purger des saletés amassées au fil du temps. Il aura beau essayer, il ne pourra jamais en espérer autant.
Malgré sa grande patience, il finit par en avoir assez d'observer les vagues. Il se lève et décide de marcher vers l'ouest. Tôt ou tard, il finira par tomber sur des habitants. Il ne peut pas leur causer beaucoup de mal, au point où en est rendue leur race. Et puis, la solitude lui pèse tellement.
Loin de la côte, la végétation se raréfie. Le paysage devient peu à peu désertique et sec, seuls quelques petits animaux osent s'y aventurer. La fraîcheur de la nuit est agréable, le silence apaisant. Peut-être aurait-il dû se mettre en mouvement plus souvent, ces dernières années. À force de demeurer immobile, à trop analyser son environnement pour éviter d'être entraîné dans des réflexions douloureuses, il a fini par en perdre toute notion de plaisir. Et même si le plaisir attire la souffrance, cette souffrance vaut parfois mieux que l'absence d'émotions.
Enfin, à petite dose sûrement. Et puis, il avait besoin d'une pause, d'une longue pause pour retrouver son équilibre intérieur.
Une journée passe, puis une nuit et encore une journée. Tandis que le soleil amorce sa descente sur l'horizon, Icta aperçoit des fortifications au loin. Ça y est, il a trouvé une civilisation.
Il s'arrête. Pendant un long moment, il prend le temps de peser le pour et le contre. S'il continue, il trouvera peut-être une paix relative, mais ce ne sera jamais ce dont il rêve. Et il pourrait causer du tort à ces gens. Leur faire du bien, aussi. Et s'en apporter par la même occasion.
Des cris s'élèvent, on l'a vu. Tant pis, autant y aller, il est déjà trop tard.
*
Témoignage de Nomam
Le Voyageur nous arrivé par l'Est, là où on disait qu'il n'y avait que la mer et des rochers. Là, aussi, où habitaient les pires créatures de notre monde.
Personne n'a réussi à lui faire dire d'où il venait, ni comment il avait pu survivre aux furies. Néanmoins, le jeune Kelal a décidé de lui ouvrir la grande porte. Une idiotie qui lui a valu une punition exemplaire. Pourquoi ce geste, d'ailleurs? Par curiosité, peut-être, ou alors dans un dernier sursaut d'espoir, un espoir qui nous avait tous abandonnés?
Tout ce que les doyens et moi avons pu tirer de l'étranger, c'est qu'il se considérait comme un voyageur. Impossible de savoir dans quelle contrée il était né, quelle était sa tribu. Selon lui, nous ne pourrions jamais comprendre.
Voyageur, c'est donc ainsi que nous l'avons appelé.
Il mangeait peu et était peu enclin à la parole. Arborant un air pensif, il se contentait d'observer notre mode de vie, nos enfants. Nos filles. Ce qui rendait mal à l'aise nos hommes.
C'était une époque sombre. Nous étions tous désespérés. Alors, lorsque le Voyageur a dit qu'il pouvait aider notre peuple à combattre le Fléau, beaucoup d'entre nous l'ont cru sans réserves. C'était comme si un messie venait de s'adresser à eux.
Selon lui, le temps imparti à notre peuple touchait à sa fin. C'était la raison pour laquelle le Fléau nous assaillait. D'abord la maladie vaincrait toutes nos femmes, puis nos filles, jusqu'à ce que nous nous éteignions, faute de pouvoir assurer notre descendance.
Et sa solution, dans tout cela? Il souhaitait prendre femme. Si l'une de nos filles consentait à s'unir à lui, il nous prouverait que ses gênes, la matière dont nous étions semble-t-il tous conçus, contenaient un remède à la tragédie qui nous frappait.
J'étais le chef. Tous les regards étaient fixés sur moi. Je me devais de leur prouver ma bienveillance et ma sagesse, moi qui n'avais encore rien pu faire pour empêcher nos femmes de se transformer. J'ai proposé Jezel, ma fille aînée.
Elle aurait pu rechigner, mais n'en a rien fait. Nous appréhendions tous les temps à venir. Si nous ne tentions pas l'impossible, Jezel irait bientôt rejoindre sa mère, ses tantes et ses sœurs. Soit dans l'une de nos fosses communes, soit hors de nos murs, dépendant de ce que je déciderais le moment venu. Et je ne voulais pas avoir à décider. Je l'ai donnée au Voyageur.
Je n'ai pas eu à le regretter. Ce fut là l'acte le plus juste et le plus glorieux de mon règne. Et même si Jezel pleure encore son époux, je sais qu'elle est d'accord avec moi.
*
Témoignage de Jezel
La première fois que je l'ai vu, j'ai su que je voulais être sienne. Comme toutes les autres filles du village, je présume.
Il avait cette espèce d'aura, de confiance sage qui attirait le regard. Quand mon père m'a donné à ce voyageur, j'ai aussitôt accepté mon sort. C'était un privilège, une sorte de récompense. C'est difficile à expliquer : alors que j'avais toujours été en désaccord avec mon géniteur, sur à peu près tous les sujets, tout à coup, je me trouvais à lui donner raison. Alors que j'aurais dû lui en vouloir de m'accorder si peu d'égards, et de m'offrir à un parfait étranger, je lui étais reconnaissante.
Mon cher Icta était doux. Jamais je n'ai eu à me plaindre de son attitude envers moi. J'étais encore jeune, la maladie ne frapperait pas avant un an ou deux, et j'espérais avoir le temps de lui donner une descendance.
Quand je suis tombée enceinte, j'ai vu le regard de mon aimé s'illuminer, mais moins que je l'avais espéré. N'aimait-il pas les enfants, n'espérait-il pas voir une autre génération lui succéder?
J'ai porté cet enfant avec un mélange de félicité et de crainte, sans comprendre les raisons de mon malaise. Mon époux agissait pour le mieux, il nous avait construit une maison avec l'aide des autres hommes, il chassait en leur compagnie et nous ramenait de quoi manger. Il n'y avait rien dont je puisse me plaindre, en réalité. Mais je n'étais pas aussi heureuse que je l'aurais dû.
Doléa, la plus âgée des filles restantes, a commencé à manifester les premiers signes de la maladie. Son mari l'a éloignée de leurs enfants. Les hommes l'ont enfermée dans la cabane de transition. Elle avait encore des moments de lucidité, j'ai songé à d'aller la voir, mais mon heure était trop proche. J'aurais aimé être moins lâche, je savais qu'elle attendait ma visite. Puis elle n'a plus reconnu personne, et les hommes sont passés au vote. Je ne sais pas ce qu'ils ont décidé, je n'ai pas voulu le savoir. Je me disais que peut-être, quand ce serait mon tour, Doléa et moi nous retrouverions quelque part dehors. Deux furies chassant de concert, sans se rappeler un quelconque élément de leur vie d'antan.
Mon époux est demeuré à mes côtés. Son calme m'apaisait dans les moments de doute, avec mon ventre qui ne cessait de grossir. Puis je me suis mise à faire des cauchemars, dans lesquels j'accouchais d'une enfant déjà malade et meurtrière. J'ai commencé à exiger des promesses. Si je me mettais à changer, Icta me tuerait aussitôt. Je ne voulais pas vivre les étapes de la transformation, c'était inutile. Personne ne guérissait jamais, et je ne voulais pas que les miens me voient ainsi. Icta me tuerait, je l'ai forcé à le jurer.
Notre fille Inalie est née un beau matin ensoleillé. J'ai pleuré en la voyant si belle, si fragile alors que j'allais bientôt devoir la quitter.
Puis nous avons eu Jolass, et j'ai commencé à me questionner. J'arrivais à l'âge de la transformation, mais ne subissais toujours aucun symptôme. Le village aussi se questionnait. Je savais qu'on jalousait ma chance, que les gens chuchotaient dans mon dos.
Les semaines ont passé. Deux filles, plus jeunes que moi, ont eu la maladie. De mon côté, toujours rien. Je savourais chaque minute passée avec ma famille, en me disant que mon heure viendrait bientôt.
Ensuite, les malheurs ont commencé. Nous avons trouvé des oiseaux égorgés devant notre porte. Et puis des fruits pourris, et des amoncellements de fientes. Partout, on nous lançait des regards mauvais. La pression était insoutenable. Je pleurais beaucoup, j'avais peur.
Enfin, mon Icta a consenti à dévoiler le mystère de mon immunité. Il a fait venir tout le monde et il a expliqué que son sang était porteur de guérison. Si j'avais été épargnée, c'était parce que j'avais porté ses enfants. Un seul suffisait, en fait.
À partir de ce moment, les choses ont empiré. Nous ne trouvions plus de déchets devant notre demeure, mais plutôt des cadeaux. Des tas de cadeaux, offerts par des familles désireuses de voir leurs filles être épargnées. Ça me dégoûtait.
Mon père a fini par venir nous visiter. Il était le chef, c'était son rôle de prendre soin de son peuple. Quand il est parti, j'ai ordonné à Icta de se soumettre à la volonté de tous. Il devait sauver un maximum de vies, je ne pouvais pas me montrer égoïste.
*
Icta
Pour le bonheur de Jezel, et parce qu'il y trouve son bonheur aussi, Icta finit par accepter d'engrosser d'autres filles. Mais à certaines conditions. Il refuse celles qui sont trop jeunes. Un horaire est établi, lui permettant ainsi de servir quatre nuits, et d'être avec sa femme la cinquième.
Quand les premières grossesses sont annoncées, Jezel pleure beaucoup, mais elle finit par retrouver le sourire. Aucune des futures mères ne développe la maladie. La méthode est un réel succès.
Évidemment, Icta savait qu'il en serait ainsi. Ce n'est pas sa première tentative du genre, et même si le processus ne fera que retarder l'échéance, il avait besoin de vivre à nouveau le bonheur d'être père. Puisqu'il ne pourra jamais procréer avec un être de sa race, il se contente de cette faible réussite.
Les mois passent, des enfants naissent. Icta les visite à l'occasion, ils sont tous magnifiques, mais aucun ne suscite en lui les sentiments escomptés. Pas plus que ceux qu'il a eus avec Jezel, et pour lesquels il doit faire semblant de ressentir de l'affection.
C'est ainsi, il connaissait le prix à payer.
*
Omalia
Dès qu'Omalia pose les pieds sur la planète, elle comprend ce qui y a attiré Icta. Ce monde agonise, il lui a sûrement été facile de s'intégrer, de redevenir un héros sauveur de créatures. De créer à nouveau de petites vies éphémères.
Connectée aux ondes émises par Icta, qu'elle reconnaîtrait entre mille, Omalia s'approche des fortifications.
Il l'a encore fait. Il s'est encore accoquiné avec une race en déclin. Omalia a dépassé le stade de la colère; à présent, seule la pitié l'anime lorsqu'elle songe à son ami. Il est si faible, si fragile. Le passage du temps l'effrite peu à peu, comme les marées grugent le roc au fil des vagues.
Icta n'a jamais appris à naviguer sur les vagues du temps. Il se laisse abattre par lui, et voici ce qu'il en résulte.
*
Témoignage de Jezel
Si j'avais su que cette femme, cette femelle m'enlèverait mon Icta, je l'aurais transpercée de plusieurs flèches.
Elle est arrivée un matin, la démarche fière et décidée. Nos hommes bavaient devant sa beauté. La découvrant en pleine santé, ils l'ont laissée entrer. Certains devaient déjà se demander comment s'y prendre pour la séduire.
Elle s'est dirigée vers mon époux. Ils ont échangé dans une langue qui nous était inconnue. De temps à autre, cette femelle me regardait avec dégoût. Elle agitait les mains et pointait le village, les enfants. Elle semblait à la fois peinée et furieuse.
J'ai tenté de m'interposer, pour que cette étrangère comprenne quel était mon lien avec Icta, mais elle m'a juste accordé un regard rempli de pitié. Puis elle a lancé une dernière volée de paroles à Icta et elle est repartie.
Icta l'a observée, son visage crispé devenant de plus en plus détendu. Et là, j'ai compris que ma rivale avait gagné : alors que des nuits de procréation forcée avec d'autres femmes n'avaient rien changé aux sentiments de mon époux envers moi, cette simple visite avait tout bouleversé.
*
Icta
« Omalia, attends! »
Omalia continue sur son allant quelques pas, puis elle s'arrête et lui adresse un regard supérieur. Bien sûr, elle est satisfaite qu'il l'ait suivie. À ses côtés, il s'est toujours senti comme un animal de compagnie, jamais assez bien pour être son égal. C'est pour cela qu'il est parti. Pour cette raison, et aussi parce qu'elle n'aurait jamais pu lui donner ce dont il avait la folie de rêver.
Omalia se remet à marcher et il s'installe à sa droite, ajustant son pas sur le sien.
« Tu sais que tu n'es qu'un idiot, et un égoïste aussi? »
Icta préfère ne pas répondre. Ils ont déjà eu ce genre de discussion, dont l'issue est toujours la même. Omalia a raison, bien sûr. Dans moins de cent ans, tout au plus, la race de Jezel n'existera plus. Cela fait partie du cycle normal, et tous ses actes des dernières années n'ont servi qu'à mettre un baume sur sa solitude. À moyen terme, il n'aura sauvé personne.
« Galaja se meurt. »
Omalia a prononcé ces mots avec détachement, comme s'ils n'avaient aucune importance. Icta s'immobilise.
« Comment cela, ma soeur? Tu racontes n'importe quoi. »
Galaja est leur mère à tous, elle a créé le monde et ses habitants. Elle a toujours été là, et sans elle le néant règnerait partout.
Omalia lève les yeux vers le ciel infini.
« C'est la vérité. Ne sens-tu pas que les autres ont disparu? Nous sommes les derniers, Icta. Parce que Galaja nous a désignés comme ses héritiers. »
Elle se tourne vers lui, des larmes coulant sur ses joues.
« Ne comprends-tu pas? C'est cela, l'issue que nous attendions tous. L'ultime bonheur d'être ensemble, que nous avons toujours espéré. Nous pourrons enfin nous unir, Icta. »
Il ne comprend rien à ce qu'elle tente de lui dire.
« Viens, mon frère. Regardons ensemble le monde disparaître. »
Icta observe la main tendue. Ce geste, il l'a tant espéré, que plus rien d'autre n'a d'importance. Il touche Omalia, réussit enfin à se rapprocher d'elle. Ils s'élèvent ensemble très haut, vers l'espace infini, là où personne ne viendra contrarier leur étreinte.
« Regarde, c'est le moment. »
Peu à peu, les contours de la planète se fondent dans le néant environnant. Les étoiles s'éteignent, et la noirceur s'étend partout. Icta devrait être effrayé, mais il sent que cette situation est juste.
« Tu disais vrai, tout disparaît. »
Le sourire lumineux d'Omalia le transporte de joie.
« Oui, car toute l'œuvre de Galaja meurt avec elle. Mais nous pourrons à nouveau créer le monde. Il sera tel que nous le désirerons. »
C'est à la fois merveilleux et fou. Ah, si seulement Galaja leur avait dévoilé ce secret! Icta se serait senti moins seul.
« À présent, montrons-nous sous notre véritable apparence. Il y a si longtemps que je ne t'ai pas vu ainsi. »
Obéissant, Icta se concentre et il réussit à retrouver son corps éthéré d'antan. Omalia est magnifique, avec ses lueurs irisées et ses formes mouvantes.
« Et maintenant? »
« Maintenant, nous ne ferons plus qu'un. Unissons-nous, Icta. »
Il s'approche, craignant d'effrayer sa promise. Dès que leurs corps se touchent, il se sent parcouru d'une décharge de plaisir. Un tel sentiment, une telle énergie! Il a attendu cela toute sa vie.
Son esprit se délite, il sent qu'il en perd des parties. Puis tout à coup, il sent Omalia en lui. Leurs pensées s'entremêlent, s'évaluent, se comparent. Là où il y a disparité d'opinions, la conciliation s'établit, l'harmonie jaillit.
Il n'y a plus d'Icta, ni d'Omalia. À présent, une nouvelle vie existe, ultime survivante de l'ancien monde.
Une pensée émerge, rayonnante et joyeuse.
« Ce néant est bien triste. Et si j'y ajoutais des étoiles? »