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Extrait du témoignage de Stéphanie Auger - Témoin de l'enlèvement et épouse de François Martin
Apparition d'une femme à l'écran, jeans et t-shirt noir, assise sur une chaise. Visage ridé, cheveux teints en roux, expression faciale reflétant l'épuisement.
Ce jour-là, j'étais dans la cuisine, en train de préparer le dîner. Olivier jouait dehors avec des amis. François travaillait dans ses serres. J'ignore sur quelle expérience, il n'en parlait pas beaucoup.
Elle penche la tête, ses épaules tressautent. Puis elle se redresse, les yeux rougis, des larmes coulant sur ses joues.
Ça ne m'intéressait pas vraiment, vous comprenez? Je trouvais son jargon scientifique trop compliqué. Aujourd'hui, je donnerais tout pour qu'il puisse encore me raconter. Il ne veut plus rien savoir de ses recherches, il a perdu tout intérêt, toute passion. Il se contente d'errer dans la maison.
Elle inspire profondément, puis expire.
Le ciel s'est assombri. Vous connaissez le phénomène : des nuages qui surgissent d'un seul coup, une lueur orangée qui perce au travers et jette un étrange éclairage aux alentours, comme si c'était le coucher du soleil en plein jour ou une éclipse, mais on n'a jamais rien vu de pareil.
J'en avais entendu parler, comme tout le monde, mais qui aurait cru que ça arriverait chez nous? François n'était pas un si grand savant. Juste un botaniste qui avait fait quelques découvertes intéressantes. Ça lui suffisait, ça nous suffisait, nous étions heureux.
Je me souviens des hurlements des enfants, au loin. De notre fils courant vers la maison. Oli m'a raconté par la suite qu'il avait vu rayon bleu venu du ciel, qui visait directement les serres. Il avait été terrorisé, il avait eu peur pour son père. Puis la lueur était devenue rouge, et tout avait explosé.
Elle se lève et regarde la caméra. Son visage est crispé, elle se met à crier.
Notre fils et ses amis ont assisté à tout! Les flammes qui dévoraient les serres de François, le lac qui se solidifiait tout près, se transforment en cette sorte de glace dure, comme du métal, que vos soi-disant experts ont tant étudiée! Savez-vous seulement ce que c'est? Pouvez-vous au moins nous dire ce qui est arrivé à mon mari? Pourquoi j'ai passé dix-sept ans sans nouvelles, pourquoi il est réapparu tout à coup, sans aucun souvenir de ce qui s'est produit depuis le jour de son départ, avec ce trou sur le côté de la tête?
Laissez-nous vivre en paix, arrêtez de harceler ma famille!
L'image coupe. Puis la femme est à nouveau à l'écran, assise sur la chaise, plus tranquille.
Non, François ne m'a rien dit. Vous l'avez vu par vous-même, il ne sait rien. Notre fils non plus. Nous essayons de recoller les morceaux, de rattraper le temps perdu. Ce n'est pas évident. Au moins, je ne me suis jamais remariée. Je peux être là pour François, l'aider dans tout ça, même si je me sens impuissante.
Mais vous vous en foutez, n'est-ce pas? Vous voulez juste découvrir ce qui est arrivé à tous ces savants qui sont revenus tout à coup. Que croyez-vous? Nous aussi, nous voulons comprendre!
L'écran devient noir, puis fond vers la prochaine intervention.
*
Rapport de Mikaël Vallée - Chercheur à l'Institut Cartier-Renier
Un homme apparaît, sarrau blanc, longs cheveux poivre et sel et visage souriant.
C'est inespéré! Pour la première fois, nous avons pu recueillir un témoignage de ce qui a pu se passer là-haut. C'est peu, mais ça jette une lumière nouvelle sur les cas d'enlèvement. Mais regardez vous-mêmes.
Il montre un bout de papier à l'écran, tout chiffonné, puis éclate de rire.
D'accord, j'avoue, comme tous les grands esprits de ce monde, le professeur Martin écrit très mal. Il paraît que c'est un signe d'intelligence! Mais notre expert en calligraphie a pu déchiffrer le message. C'est une sorte de journal intime, un début du moins. Voici ce que ça dit :
Premier jour. Ils m'ont enlevé et m'ont enfermé. Un représentant, humain, est venu me parler. Je dois coopérer, sinon ils s'en prendront à ma famille. Je dois d'abord apprendre leur langage. Puis je devrai travailler avec les autres savants. Si nous arrivons à trouver la solution, nous pourrons rentrer chez nous.
La nourriture ici est infecte.
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